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Le budget de 2026 : un premier pas décisif vers une nouvelle stratégie sur le logement


Ottawa (Ontario) – Bureau du défenseur fédéral du logement

Une version de cet article a été publiée dans Le Devoir le 21 octobre 2026.

Face aux incertitudes qui secouent le monde, la population canadienne réfléchit à l’avenir qu’elle souhaite pour son pays. L’élan de solidarité suscité par le mouvement « Achetez canadien » témoigne d’une volonté plus forte que jamais de faire front commun. Car chaque dollar dépensé est une façon d’affirmer nos valeurs et d’investir dans notre avenir collectif.

C’est dans ce même esprit de solidarité que nous devons aborder la montée de l’itinérance au Canada. Les chiffres sont alarmants. Entre la période 2020-2022 et 2024, le nombre de personnes en situation d’itinérance a bondi de 79 %, une hausse qui touche les peuples autochtones de façon disproportionnée. Cette réalité va à l’encontre de nos valeurs et fragilise notre prospérité collective.

Le budget de 2026 doit marquer un tournant. Le gouvernement fédéral a une occasion unique de poser des gestes décisifs pour faire face à la crise du logement et investir dans un avenir meilleur pour l’ensemble de la population canadienne.

Un logement, c’est bien plus qu’un simple toit au-dessus de sa tête. C’est la possibilité de s’épanouir, de bâtir des communautés fortes et de contribuer à la vitalité de notre économie. C’est aussi un droit de la personne, reconnu par le Parlement dans la Loi sur la stratégie nationale sur le logement. Un Canada plus fort, c’est un Canada où chaque personne a accès à un logement sûr, abordable et adéquat, en donnant la priorité à celles qui en ont le plus besoin.

Le budget de 2026 est l’occasion de transformer cet engagement en actions concrètes. Voici comment.

Le gouvernement fédéral doit dès maintenant donner suite à ses engagements et assurer la continuité des programmes essentiels. Il doit notamment assurer un financement à long terme pour l’aide au loyer et la rénovation des logements hors marché, ainsi que renouveler les programmes de lutte contre l’itinérance, comme Vers un chez-soi et l’Initiative de lutte contre l’itinérance hors refuge et les campements. Il doit également veiller à ce que les fonds promis pour le logement des Autochtones en milieux urbain, rural et nordique parviennent aux collectivités sans plus tarder. Ces mesures apporteraient une stabilité immédiate aux personnes à risque et permettraient de financer des programmes dont le besoin se fait cruellement sentir.

Le budget de 2026 doit aussi jeter les bases de la prochaine mouture de la Stratégie nationale sur le logement, dont l’entrée en vigueur est prévue pour 2028. C’est donc une occasion en or pour le Canada de donner une orientation solide à ses investissements en matière de logement pour la prochaine décennie.

Alors que la première Stratégie tire à sa fin, l’heure est au bilan. Malgré le plan décennal de 110 milliards de dollars lancé en 2017, la crise du logement s’est aggravée. La majeure partie des investissements a été consacrée à l’offre de logements sur le marché privé, une approche qui n’a pas donné les résultats escomptés. Le constat est clair : nous devons revoir nos priorités et investir les fonds publics autrement.

Les personnes en situation d’itinérance, qui vivent dans une pauvreté extrême ou qui consacrent la majeure partie de leur revenu au loyer, ont besoin de programmes adaptés à leur réalité. La Loi sur la stratégie nationale sur le logement est d’ailleurs sans équivoque, la stratégie canadienne en matière de logement doit accorder la priorité aux personnes qui en ont le plus besoin.

C’est pourquoi le budget de 2026 doit miser sur trois grandes solutions : renforcer les mesures de soutien du revenu pour rendre le logement plus abordable dès maintenant, investir dans les services de santé et les services communautaires, et accroître considérablement le parc de logements hors marché. Ensemble, ces trois mesures aideraient les personnes à conserver leur logement dès aujourd’hui, tout en préparant le terrain à une mobilisation nationale, de concert avec les provinces et les territoires, pour mettre fin à la crise du logement.

Enfin, il ne suffit pas d’investir, il faut aussi rendre des comptes. Le budget de 2026 doit favoriser une véritable participation des personnes concernées et prévoir des mesures rigoureuses de reddition de comptes afin que la prochaine Stratégie apporte des résultats tangibles. La Loi sur la stratégie nationale sur le logement offre un cadre solide pour que les fonds publics soient investis dans l’intérêt collectif. 

Une lueur d’espoir se profile toutefois. Le gouvernement fédéral a récemment débloqué les 1,47 milliard de dollars prévus dans le budget de 2024 pour aider les fournisseurs de logements hors marché et les Autochtones à préserver des logements abordables. C’est précisément le genre de mesure éprouvée dont le Canada a besoin.

Le gouvernement fédéral doit saisir cette occasion pour faire du logement hors marché la pierre angulaire de la prochaine Stratégie nationale sur le logement. C’est le meilleur investissement que nous puissions faire avec les fonds publics : offrir des logements aux personnes qui en ont le plus besoin aujourd’hui et en préserver l’abordabilité pour les générations futures. Un modèle qui traite le logement comme un actif financier destiné à maximiser les profits ne peut en faire autant.

C’est aussi un choix économique judicieux.

On s’attend à ce que le premier ministre Carney profite du budget de 2026 pour faire avancer de grands projets économiques. Une ambition légitime, mais qui ne doit pas faire oublier qu’il ne peut y avoir de véritable prospérité tant que la crise du logement continue de s’aggraver. La croissance économique doit aller de pair avec des investissements ambitieux dans le logement, notamment pour remédier à des décennies de sous-investissement dans le logement des communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Personne ne doit être laissé pour compte.

Les faits sont clairs et les solutions sont connues. Le budget de 2026 doit répondre à l’urgence actuelle, tout en préparant la prochaine Stratégie nationale sur le logement, pour que les investissements d’aujourd’hui portent leurs fruits pendant des générations. 

L’itinérance n’a pas sa place dans le Canada auquel nous aspirons. Bâtir un Canada plus fort, c’est investir dans un logement adéquat pour toutes et tous.

– 30 –

 

Marie-Josée Houle est la défenseure fédérale du logement du Canada, une instance de surveillance non partisane et indépendante des droits de la personne en matière de logement et d’itinérance, qui formule des recommandations fondées sur des données probantes au ministre fédéral responsable du logement. 

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