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Et si on poussait l’équité, la diversité et l’inclusion encore plus loin


Une version de cet article a été publiée dans le Journal de l'Académie canadienne d'audiologie le 25 février 2026 (en anglais seulement).

L'accessibilité, moteur indispensable de l'équité, de l'inclusion et de l'accès réel à la communication

Par Christopher T. Sutton, MBA, ICD.D 
Commissaire à l'accessibilité du Canada

Au cours des premières semaines de mon mandat à titre de commissaire à l'accessibilité, de violents feux de forêt ont ravagé ma province natale, Terre-Neuve-et-Labrador.

Habituée aux phénomènes météorologiques extrêmes, la province a réagi rapidement. Des alertes ont été diffusées à la radio, à la télévision et sur les téléphones portables. Les messages d'urgence comprenaient du sous-titrage et une interprétation en langue des signes américaine (ASL). On avait pensé à tout.

Enfin, presque tout.

L'interprétation en ASL était partiellement masquée par un encadré horizontal et des informations superposées — graphiques météo, manchettes défilantes — et les sous-titres, en plus d'être décalés étaient truffés d'erreurs. Ainsi, dans un moment de peur et de chaos, une partie de la population n'avait tout simplement pas accès à l'information vitale dont elle avait besoin pour se protéger. Cette initiative, qui se voulait inclusive, a fini par faire des exclus.

Ce genre d'erreur n'est généralement ni le fruit de l'indifférence ni de la mauvaise foi. Bien au contraire. Il survient souvent dans des systèmes au sein desquels les personnes sont sincèrement convaincues de bien faire.

Le Canada est souvent perçu comme un chef de file mondial en matière d'équité, de diversité et d'inclusion, ce que l'on appelle communément l'EDI.

Mais le fait est que l'EDI en soi est insuffisante.

Trop souvent, l'accessibilité est considérée comme un élément secondaire ou une idée que l'on traite après coup dans les démarches d'équité et d'inclusion. Comme si elle était accessoire. Comme si elle pouvait attendre. Depuis des années, je plaide pour que cette approche change. Il est temps d'ajouter le « A » à l'EDI. Mieux encore, il est temps de repenser entièrement le cadre. Lorsque la diversité, l'équité, l'inclusion et l'accessibilité sont envisagées ensemble, elles cessent d'être une liste de principes. Elles deviennent une véritable idée (IDEA) — une vision cohérente — capable de produire un changement réel et durable.

Les personnes sourdes et malentendantes, ainsi que nos alliés, comptent depuis longtemps parmi les plus ardents défenseurs de l'accessibilité au Canada. Notre mobilisation et nos recours en matière de droits de la personne ont mené à des transformations systémiques qui profitent aujourd'hui à tous et à toutes — pensons notamment au sous-titrage codé à la télévision canadienne.

De la préparation aux situations d'urgence à la construction de nouveaux logements, en passant par le développement des infrastructures, l'accessibilité est encore trop souvent traitée comme une option. En réalité, l'accessibilité est ce qui donne chair aux principes de diversité, d'équité et d'inclusion. C'est elle qui les rend concrets. C'est elle qui les met en mouvement. L'EDI sans accessibilité, c'est comme inviter tout le monde à une fête… mais ne remettre la clé pour y entrer qu'à certains des invités.

L'accessibilité est un droit fondamental. Au Canada, ce droit est inscrit dans la Loi canadienne sur l'accessibilité — une loi obtenue de haute lutte après des années de mobilisation. Je le sais, parce que j'y étais. Aux côtés de défenseurs des droits des personnes en situation de handicap d'un océan à l'autre, j'ai contribué à donner vie à cette loi. Aujourd'hui, j'ai l'honneur de diriger, au sein de la Commission canadienne des droits de la personne, l'équipe qui est chargée de promouvoir et d'appliquer cette loi, ainsi que d'aider les organisations à respecter leurs obligations.

Mais au-delà de la fonction que j'occupe, ce travail revêt une dimension profondément personnelle pour moi. J'ai grandi dans une petite communauté isolée de Terre-Neuve-et-Labrador. À sept ans, on m'a diagnostiqué une surdité profonde. Très tôt, j'ai appris à reconnaître les obstacles. Les étiquettes. J'ai porté ces obstacles et ces étiquettes un certain temps, mais je n'ai jamais accepté de les considérer comme des limites. Voilà ce que je souhaite à toutes les personnes en situation de handicap au Canada : voir devant elles un horizon sans limites. Savoir qu'elles font non seulement partie de l'avenir du pays, mais qu'elles sont essentielles à l'élan de transformation que nous commençons à entrevoir.

L'accessibilité est une infrastructure essentielle. Le Canada effectue actuellement des investissements importants, nous ne pouvons pas continuer à ériger, dans le béton et dans les systèmes, les obstacles de demain. Il nous faut bâtir un Canada plus fort et plus juste — un pays où chaque personne peut participer pleinement à la société, et surtout, y trouver sa place.

D'ici 2040, je souhaite que l'accessibilité soit inscrite au cœur même de la façon dont le Canada pense, planifie et exerce son leadership. Qu'elle ne soit plus un correctif effectué après coup, mais un réflexe. Une culture. Cela signifie passer d'une logique où l'on répare les obstacles une fois les dommages causés, à une vision fondée sur l'accès universel et le sentiment d'appartenance — dans chaque secteur de notre société.

L'accessibilité n'est pas qu'un principe moral. C'est aussi un moteur économique. Elle renforce le marché du travail, stimule la productivité, nourrit l'innovation. Promouvoir l'accessibilité, ce n'est pas simplement se conformer à la Loi. C'est créer des occasions partagées. C'est bâtir une résilience durable.

Mais ce chantier ne peut reposer sur les épaules d'un seul acteur. L'accessibilité est un droit fondamental qui doit être garanti, peu importe le code postal. La faire progresser exige un effort collectif — des gouvernements, des partenaires autochtones, des employeurs, de l'industrie et de la société civile. Ensemble, nous pouvons façonner un Canada plus uni et exempt d'obstacles.

Alors que nous traversons une période difficile, l'accessibilité devient un élément essentiel pour que le Canada émerge plus fort et plus résilient de cette épreuve.

Et cela passe par une conception intentionnelle. Autrement dit, il faut en finir avec l'idée que l'accessibilité est un ajout ou une note en bas de page. Elle doit devenir la norme — pensée dès le départ et présente à chaque étape de la vie d'un espace public, d'une politique, d'un logement ou d'un système.

La communication accessible est un exemple concret de ce que cela signifie, en pratique. Elle traverse tous les secteurs. Elle soutient presque chaque dimension d'une organisation — des environnements physiques à la manière même dont les activités sont menées. Cela comprend des éléments essentiels : un sous-titrage exact, des services de transcription en temps réel, une conception acoustique réfléchie et des systèmes d'urgence qui ne reposent pas uniquement sur le son.

Ayant moi-même recours à un implant cochléaire et à une prothèse auditive pour communiquer, cette question revêt pour moi une importance particulière. Je peux témoigner de ce que l'on ressent lorsqu'on se trouve dans un hôtel pendant une alerte incendie et qu'on est la dernière personne à se rendre compte que quelque chose ne va pas. Ce n'est pas parce que je ne faisais pas attention, mais parce qu'il n'y avait aucune alerte visuelle et que je ne dors pas avec mes appareils. On m'a dit plus d'une fois que j'avais eu de la chance que ce soit une fausse alerte. Mais l'accessibilité ne peut pas dépendre de la chance. Si un système ne fonctionne que lorsque tout va bien, alors ce n'est pas un système accessible.

Les audiologistes et les professionnels du domaine de la santé auditive, de la recherche et des technologies connaissent bien cette réalité. L'accessibilité est déjà intégrée dans leur pratique, leurs recherches et leurs innovations. Ils sont souvent le premier point de contact pour les personnes qui apprennent à naviguer à travers les obstacles à la communication, et ce rôle leur confère une influence réelle — et une responsabilité tout aussi réelle. Faire progresser l'IDEA signifie veiller à ce que l'accessibilité soit considérée comme un élément central du parcours du patient et une norme de soins, et non comme un problème ou une question appartenant aux ressources humaines.

Cela signifie respecter toute la diversité des besoins et des préférences en matière de communication. Pour certaines personnes, cela passe par l'accès aux langues des signes, comme l'ASL ou la LSQ. Pour d'autres, par des technologies auditives inclusives et adaptées, des services de transcription en temps réel, ou une combinaison de solutions. De l'accès aux langues des signes aux technologies émergentes comme Auracast, les choix posés par ce secteur ont une influence directe sur la manière dont les personnes appréhendent l'accès, la dignité et le sentiment d'appartenance dans leur vie quotidienne.

Il est également important de préciser que les règles prévues par la Loi canadienne sur l'accessibilité fixent des exigences minimales. Il s'agit d'un seuil à respecter, et non d'un plafond à atteindre. Le véritable leadership ne consiste pas simplement à respecter les règles, mais à aller au-delà de la conformité pour transformer les systèmes en profondeur.

Et pourquoi s'arrêter au concept d'IDEA? À la Commission canadienne des droits de la personne, nous parlons désormais d'IDEA-AR. La lutte contre le racisme a été ajoutée, parce que les perspectives et les priorités des personnes autochtones, des personnes noires et des personnes issues d'autres communautés racisées doivent, elles aussi, être intégrées à tout ce que nous faisons. Cela traduit une vérité toute simple : l'atteinte d'une véritable EDI nécessite de reconnaître l'influence des identités croisées — ou intersectionnalité — sur les expériences individuelles.

Enfin, nous devons avoir le courage de reconnaître les lacunes de nos systèmes — et la volonté d'agir sans tarder pour corriger le tir. Après les violents feux de forêt, j'ai fait part au gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador de mes préoccupations concernant l'accessibilité des alertes d'urgence et leur incapacité à répondre aux besoins des personnes sourdes, sourdes-aveugles et malentendantes. La réponse a été rapide. Le correctif, concret. Un changement simple, mais qui entraînera des répercussions considérables.

Plus l'accessibilité sera profondément ancrée dans les principes fondamentaux du Canada, plus le Canada sera fort.

L'IDEA n'est pas un ajustement technique. C'est une vision à la hauteur de ce que nous pouvons être, à la hauteur d'un Canada fort — pour toutes et pour tous.

À propos de l'auteur

Christopher T. Sutton est le commissaire à l'accessibilité du Canada, nommé en 2025, en vertu de la Loi canadienne sur l'accessibilité et occupe un poste à temps plein au sein de la Commission canadienne des droits de la personne. 

Citations

« L'EDI sans accessibilité, c'est comme inviter tout le monde à une fête, mais ne remettre la clé pour y entrer qu'à certains des invités. »

« L'accessibilité n'est pas la responsabilité d'autrui. Les audiologistes et les professionnels de la santé auditive la considèrent comme un élément central du parcours du patient et une norme de soins. »

« Les normes en matière d'accessibilité sont un seuil à respecter, et non d'un plafond à atteindre. Le véritable leadership ne consiste pas simplement à respecter les règles, mais aussi à aller au-delà de la conformité pour transformer les systèmes en profondeur. »

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